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Omniprésence des données, remote monitoring, patient acteur de ses soins… le monde de la santé est en pleine effervescence.

À quoi ressemblera l’hôpital de demain ? Quelles sont les innovations majeures qui vont transformer, pour le mieux, le rapport entre praticiens et patients, que ce soit pour une meilleure efficacité ou une plus grande acceptabilité des protocoles thérapeutiques ? Technologies du futur : comment les détecter, les coconstruire et les porter à la réalité ?

Ces questions sont l’une des raisons d’être de l’Institut TransMedTech (iTMT) de Montréal, institution créée en 2017 sous le leadership du professeur Carl-Éric Aubin PhD. D’une part, l’iTMT a pour mission de développer et d’implanter des technologies médicales innovantes, grâce aux acteurs clés de son large écosystème, dans l’objectif de répondre aux besoins existants ou émergents du milieu de la santé.

Pour y parvenir, TransMedTech s’appuie notamment sur l’expertise de TKM en matière de transfert de technologie. Ses outils d’analyse permettent de réaliser des études de positionnement et de faisabilité technico-économiques approfondies sur les projets candidats à une maturation au sein de l’institut.

Regards croisés sur l’hôpital du futur avec Marie-Pierre Faure PhD, directrice Innovation & Living lab de l’Institut TransMedTech, et Christophe Lecante, dirigeant fondateur de TKM.

Marie-Pierre Faure, pourriez-vous nous présenter la démarche et la vocation de TransMedTech ?

Marie-Pierre Faure : Officiellement lancé en 2017, l’Institut TransMedTech est une initiative transdisciplinaire de collaboration ouverte, qui réunit des entrepreneurs, des chercheurs, des professionnels de la santé, des experts, mais aussi des utilisateurs, des patients, ou encore des industriels, et des étudiants.

L’institut vise au développement de technologies médicales innovantes afin de répondre aux besoins du milieu de la santé et de former la relève du secteur des technologies médicales. TransMedTech est né d’une initiative pilotée par Polytechnique Montréal en collaboration avec quatre autres institutions fondatrices : le CHU Sainte-Justine, l’Université de Montréal, le CHUM et l’Hôpital général juif de Montréal, ainsi qu’une trentaine d’autres partenaires.

Trois autres institutions s’y sont par ailleurs jointes en 2023 : HEC Montréal, l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal et l’Institut de cardiologie de Montréal.

En suivant l’approche centrée, sur les utilisateurs Living Lab, de l’Institut TransMedTech, une première étape consiste à faire un état de l’art actuel, de valider les segments de marché, de définir le parcours réglementaire afin de s’assurer de l’opportunité de la solution proposée par l’équipe portée par les innovateurs. Pour ce faire, nous utilisons les outils développés par TKM.

À ce jour, plus de 140 projets collaboratifs ont bénéficié de notre accompagnement en suivant la méthode TransMedTech, avec près de 40 M$ investis.

Quelles sont les grandes tendances que vous observez dans le milieu de la santé ?

Marie-Pierre Faure : La grande tendance en ce moment est le changement de paradigme. L’hôpital du futur intègre de plus en plus la notion de point of care, en français cela se traduirait par point de service, où les soins pourront être dispensés plus efficacement et directement là où le patient se trouve.

Pour le patient-citoyen, cette évolution permettra des soins et services davantage accessibles, personnalisés et dédiés.

La mise en œuvre de l’hôpital du futur implique l’émergence de nouvelles technologies, notamment la santé numérique, avec ses nombreux enjeux et défis tels que le partage des données, l’interopérabilité, la sécurité et l’éthique.

Il sera essentiel de tenir compte de la diversité de la population et des environnements desservis, ainsi que des spécificités individuelles et des disparités entre les collectivités. Il faudra également envisager les défis de l’appropriation de ces nouvelles technologies par les différentes parties prenantes, notamment en termes de formation, de changement de pratiques et d’adoption.

Quel regard porte TKM sur ces enjeux ?

Christophe Lecante : En écoutant Marie-Pierre Faure, je ne peux m’empêcher de penser à un travail que nous avions fait en 2017 sur le concept de « Maison Bienveillante » avec une compagnie manufacturière québécoise dans le domaine de la construction. Son dirigeant voulait décupler les capacités d’innovation de son entreprise et proposer des solutions innovantes pour repenser le lieu d’habitation au service de ses occupants.

Les besoins des personnes évoluent dans le temps, de manière ponctuelle, par exemple avec l’arrivée d’un enfant, en cas d’accident, ou de convalescence, ou même chronique lors du vieillissement. De ce fait, le champ d’innovation est très large. Facile de se perdre et, au final, de revenir à des solutions peu innovantes.

TKM, en fournissant un état des lieux complet sur cette thématique, que ce soit en termes de recherche, de politiques publiques, de technologies, ou de start-ups, a permis la mise en lumière des liens immédiats avec le monde de la santé et, en particulier, avec le milieu hospitalier pour des questions telles que le lien entre patient et corps médical, le monitoring à distance, l’engorgement des urgences, le suivi des maladies chroniques…

Il est apparu très vite que ce concept de maison bienveillante faisait en partie écho à celui d’un hôpital bienveillant, conçu et organisé autour de ses patients et citoyens. Cette prise de conscience, rendue possible par ce travail de « veille amont », a permis d’imaginer très tôt des schémas de collaboration et d’innovation très enthousiasmants et en rupture avec les schémas de pensée habituels.

En d’autres termes, cette veille a permis à l’entreprise de penser son écosystème d’innovation de façon infiniment plus ouverte et effective, de faire un vrai pas de côté et de recueillir très vite des marques d’intérêt, puis d’enclencher des collaborations en un temps record.

L’Institut TransMedTech utilise aujourd’hui nos outils de veille et d’analyse pour réaliser exactement ce type d’analyses en amont, pour valider, dé-risquer et accélérer les processus d’innovation qui lui sont proposés par les praticien(ne)s et chercheurs et les chercheuses qui œuvrent au quotidien dans les hôpitaux de Montréal.

L’hôpital du futur sera un hôpital bienveillant ?

CL : Oui, je le crois et je l’espère ! L’hôpital du futur, c’est un hôpital centré sur le patient citoyen qui devient partenaire de ses soins et de la recherche. C’est un hôpital qui s’ouvre sur la ville et qui s’intéresse en priorité à l’innovation à fort impact sociétal, à une valeur ajoutée thérapeutique vérifiée et qui devient un acteur d’inclusivité essentielle.

C’est cette ambition que l’Institut TransMedTech porte et qu’il a traduite au cœur de ses processus d’accompagnement.

La technologie est-elle suffisamment mature pour y parvenir ?

M-P F : Aujourd’hui, la technologie n’est plus un problème. L’enjeu c’est de se servir de la tech’ pour répondre aux besoins. Il faut arriver à intégrer ces nouveaux outils dans un parcours de soins, de façon fluide et sécurisée, pour toutes les parties prenantes.

C’est ce qu’on essaie de faire à TransMedTech : on nous soumet parfois des technologies incroyables, mais difficilement adoptables en l’état par un utilisateur. C’est là que nous devons opérer une sélection. D’où l’idée d’intégrer au plus tôt les patients citoyens dans le codéveloppement de ces innovations.

CL : C’est pourquoi la notion de Value Based Health Care — qui recouvre le fait de développer un système de soins basé sur la démonstration d’une valeur ajoutée aux yeux du patient — est capitale. On peut imaginer des technologies merveilleuses d’un point de vue technique et scientifique, mais qui pourraient passer à côté de la dimension « usage » et se révéler très problématiques pour le patient.

Comment s’assurer qu’une technologie corresponde bien à l’usage du patient ?

M-P F : Nous accompagnons, par exemple, un projet visant à équiper 300 patients en maison de retraite de montres connectées. La grande difficulté est d’éviter que les patients ne s’arrachent cette montre. Les porteurs de projet s’interrogent donc sur la possibilité de partir plutôt sur des vêtements connectés, davantage supportables.

Comme le montre cet exemple, l’objectif est de bien définir l’usage, en fonction du type de bénéficiaire. Entre un patient pédiatrique — à la maison avec ses parents — un adolescent qui porte un corset contraignant pour la scoliose, un adulte en réadaptation post-traumatique équipé de réalité virtuelle, ou des personnes âgées atteintes de démence et soignées par des infirmières… La réalité et les besoins des patients sont très différents. C’est non seulement l’efficacité thérapeutique, mais aussi la capacité d’un traitement ou d’un dispositif à s’intégrer au mieux dans la vie du patient qui doit primer dans l’approche. Cette intégration a un impact sur l’efficacité de la médecine.

Toutes ces questions rejoignent finalement celle de l’acceptabilité de la technologie…

M-P F : Il y a des enjeux technologiques, certes, mais pas seulement. Il y a des défis de transposition sociale, d’évolution des cultures, de passage à l’échelle, de changements des usages et d’adaptation des dispositifs.

Tout l’enjeu, c’est de rendre les dispositifs moins invasifs, moins contraignants et plus faciles pour le patient, pour que le dispositif médical se fonde dans la vie du patient et des praticiens.

 

Comment se fait-il que le dossier médical partagé ne soit pas encore une réalité ?

CL : Le dossier médical partagé est un des outils centraux et au cœur des débats depuis de nombreuses années pour permettre et faciliter cette transversalité.

Les questions de la confidentialité et de la sécurité des données, de leur traitement et de leur exploitation, sont complexes et impliquent un grand nombre d’acteurs, avec des enjeux humains, sociétaux et éthiques importants.

Paradoxalement, les gens n’ont aucun problème à porter des objets connectés pour faire du sport ou pour gérer des agendas, des automobiles ou encore de posséder des téléphones connectés. Nous acceptons d’abandonner une partie de ce qui relève de notre vie privée si on y trouve un intérêt immédiat : un suivi de mes performances ou de mon plan d’entrainement, un partage de mon agenda avec mes équipes, une plus grande efficacité dans mes déplacements urbains, etc.

Mais dès qu’on touche au domaine de la santé, tout devient légitimement plus complexe. Il y a un vrai sujet politique, un vrai débat à avoir pour étudier la balance bénéfices/risques des solutions médicales connectées et surtout de l’exploitation qui est faite des données collectées.

Comment TransMedTech contribue-t-il à avancer dans le bon sens ?

M-P F : Dans ses travaux de valorisation, TransMedTech veut inventer cet hôpital du futur, cet hôpital bienveillant, où le patient citoyen est partie prenante. En partenariat avec TKM, TransMedTech a vocation à montrer la bonne voie, puisqu’on peut détecter très tôt les écueils à éviter dans le processus de maturation de l’innovation.

Quel est l’apport de TKM dans cette trajectoire d’innovation de TransMedTech ?

CL : Les outils proposés par TKM permettent aux équipes de TransMedTech la réalisation d’une veille étendue, à l’échelle mondiale. Ce travail de veille permet de valider que chaque projet sélectionné et accompagné par l’Institut est réellement pertinent et innovant.

La revue de la littérature permet aussi de s’assurer qu’il y a une valeur ajoutée au projet et de vérifier qu’il existe bien une possibilité d’exploitation, en levant tout doute notamment sur les questions de propriété industrielle, et ce à l’échelle mondiale.

 

TransMedTech, en partenariat avec TKM, est un acteur incontournable, tant au point de vue opérationnel que méthodologique, au service de la recherche et de l’innovation pour une santé de précision plus inclusive.

La démarche d’intelligence collective, avec l’approche Living Lab, est un facteur clé pour bien aborder la question de la translation de l’invention vers son déploiement sur le marché.

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Christophe Lecante

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